Avec mon appareil photo, je suis toujours restée très pudique. Pudeur pétrie dans l’appréhension de me noyer dans l’indiscrétion et le voyeurisme.

Comment faire comprendre sans heurter la fierté du protagoniste que l’on est fasciné par sa condition singulière, celle qui exprime pleinement le choc de nos cultures.

Ce que l’on a jamais vu, ce qui nous subjugue, nous blesse dans notre empathie envers l’Homme du bout du monde, vivant dans l’opposition.

Je ne suis pas fan des clichés cartes postales, étalant le sable blanc et le bleu océan des mers trop calmes. S’il en faut, j’en ai pris. Souvenir des îles, de l’odeur iodée des villes côtières et du soleil miroitant sur l’eau claire. Ca donne des paysages sur lesquels s’extasier et se la jouer auprès des potes restés à Paris voir fanfaronner l’hiver en plein septembre.

Ce que j’aime, ce sont les gens, leurs postures, l’expression de leurs visages, heureux, malheureux, fatigués. J’ai passé beaucoup de temps à regarder les conducteurs de Honda, leur look, le nombre de passagers qu’ils transportaient à l’arrière. Et ces marchands ambulant, butinant après votre bon coeur, vous collant jusqu’à l’épuisement, jusqu’à ce que l’on cède pour un paquet de chewing-gum à 5000 dongs.

J’ai aimé les bords de route et les clichés pris sur le vif d’un instant commun mais dans lequel nous n’avions rien en commun.

Je me suis fait parfois fait insulter, par des vieilles, des moins vieux, des jeunes, comme cette fille sur la photo en noir et blanc, qui vend des cigarettes. Elle m’en a voulu de la photographier sans rien lui acheter.

C’est comme ça. On tente. On rate. On y gagne des moments uniques. On aime ces instants volés qu’on se plait à revoir quelques temps plus tard, lorsqu’on est revenu dans notre monde si ordinaire.

Vietnam

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