Un fois posées sur ces lignes, ce brouillon digital, cette Toile où s’entremêlent fantasmes et réalités, nos histoires ne nous appartiennent plus, rattrapées par les regards extérieurs, déformées par les tiers, réécrites par la main d’autrui. Il ne faut donc pas s’étonner de ne pas se reconnaitre dans le propos des autres, ni des nôtres, lorsqu’on se relit, un/deux/ voir trois mois/ans plus tard. Le « Je suis » ne saurait trouver son intemporalité en ligne car notre alter-ego digital n’est pas un double de soi mais bien un avatar maquillé par nos soins. Où est la vérité, pour vous lecteurs dans toutes ces histoires écrites et lues jour après jour, si ce n’est celle qu’on vous met en bouche. Tout cela ressemble au miroir déformant des parcs d’attraction. Car lire des histoires est une attraction. Pour votre conteur vous finirez par éprouver de la sympathie, de la compassion, de la haine, de l’empathie, mais tout ça part d’un point de vue purement faussé, tant que vous ne lui aurait pas serré la main, fait la bise, dit bonjour comment ça va.

Même si l’on (celui qui écrit) court après le vrai, on finit par se noyer dans l’imaginaire, créé par cette distance que pose l’écran. On ne montre plus qui on est, (on ne se ré-invente pas non plus) on montre un best-of de soi, sorte de mix entre le meilleur et le pire, histoire de garder un semblant de crédibilité. Lorsqu’on écrit sa propre histoire, il est difficile de s’extirper de sa subjectivité. Qui va gober tout ce qu’on dit. On finit par tomber dans la caricature pour ne pas sombrer dans l’insipide et l’anonymat. Plutôt faire rire qu’ennuyer son lectorat. Je ne suis pas d’accord.

Pourquoi je raconte tout ça. Parce qu’à force de me regarder dans les lignes d’autres, j’ai l’impression de ne plus me reconnaitre. J’ai beau me repasser ma vie, je me demande où sont passés tous mes souvenirs. Quand je vois leur réécriture, je finis par penser que la vie digitale, c’est comme toutes ces émissions de télé-réalité. C’est de la mise en scène. Le public le plus crédule prendra ça pour vrai tandis que seuls les protagonistes jouiront de manipuler leur audience. Donc du coup, je pense que je vais arrêter de pleurer cette réécriture de ma bio par blogs interposés. Et Dieu seul sait où s’arrête la fiction.





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