Le blog est un miroir déformant

Un fois posées sur ces lignes, ce brouillon digital, cette Toile où s’entremêlent fantasmes et réalités, nos histoires ne nous appartiennent plus, rattrapées par les regards extérieurs, déformées par les tiers, réécrites par la main d’autrui. Il ne faut donc pas s’étonner de ne pas se reconnaitre dans le propos des autres, ni des nôtres, lorsqu’on se relit, un/deux/ voir trois mois/ans plus tard. Le « Je suis » ne saurait trouver son intemporalité en ligne car notre alter-ego digital n’est pas un double de soi mais bien un avatar maquillé par nos soins. Où est la vérité, pour vous lecteurs dans toutes ces histoires écrites et lues jour après jour, si ce n’est celle qu’on vous met en bouche. Tout cela ressemble au miroir déformant des parcs d’attraction. Car lire des histoires est une attraction. Pour votre conteur vous finirez par éprouver de la sympathie, de la compassion, de la haine, de l’empathie, mais tout ça part d’un point de vue purement faussé, tant que vous ne lui aurait pas serré la main, fait la bise, dit bonjour comment ça va.
Même si l’on (celui qui écrit) court après le vrai, on finit par se noyer dans l’imaginaire, créé par cette distance que pose l’écran. On ne montre plus qui on est, (on ne se ré-invente pas non plus) on montre un best-of de soi, sorte de mix entre le meilleur et le pire, histoire de garder un semblant de crédibilité. Lorsqu’on écrit sa propre histoire, il est difficile de s’extirper de sa subjectivité. Qui va gober tout ce qu’on dit. On finit par tomber dans la caricature pour ne pas sombrer dans l’insipide et l’anonymat. Plutôt faire rire qu’ennuyer son lectorat. Je ne suis pas d’accord.
Pourquoi je raconte tout ça. Parce qu’à force de me regarder dans les lignes d’autres, j’ai l’impression de ne plus me reconnaitre. J’ai beau me repasser ma vie, je me demande où sont passés tous mes souvenirs. Quand je vois leur réécriture, je finis par penser que la vie digitale, c’est comme toutes ces émissions de télé-réalité. C’est de la mise en scène. Le public le plus crédule prendra ça pour vrai tandis que seuls les protagonistes jouiront de manipuler leur audience. Donc du coup, je pense que je vais arrêter de pleurer cette réécriture de ma bio par blogs interposés. Et Dieu seul sait où s’arrête la fiction.







































13 novembre 2008 - 15:37
Oui mais…
Je crois que même cet imaginaire transmet un peu de son auteur.
Où, quand il s’agit de la relecture faite par un autre blog, la personnalité de celui qui relit et interprète ressort d’une certaine manière (y compris lorsque ses intentions sont mauvaises).
Ils ne faut pas en pleurer non, juste en être conscient, essayer de relativiser, je suppose… Devant un miroir déformant, en général, on se dit « heureusement que je ne suis pas comme ça » et c’est ce qui permet de rire face au reflet déformé.
13 novembre 2008 - 15:42
Tu as raison Junko dans le sens où ce qu’on perçoit de l’auteur est une réalité relative, et non l’invention complète d’un autre personnage. Parfois ça soulage effectivement de n »être pas comme ça »
14 novembre 2008 - 7:09
C’est peut-être parce qu’on a grandi ou changé…qu’on ne se reconnaît plus dans ce qu’on a écrit…C’est comme les vieilles photos, quand on les regarde on se dit souvent oula est-ce bien moi?… du moins c’est mon cas
Bonne journée Sukie!
14 novembre 2008 - 12:11
C’est vrai, s’en découle une certaine nostalgie qui fait parfois bon de retrouver
bonne journée à toi aussi La Pingouine!
14 novembre 2008 - 15:30
Salut Sukie,
Et si tu inversais l’angle de vision ?
Et si comme tu dis les bribes de ton blog ( qui ne sont donc même pas des bouts de ta vie) réécrites ailleurs, donnent plus d’informations et d’indications sur ceux qui réécrivent que sur toi ? Car comment peut-on confondre une personne avec quelques confessions ou états d’âme « couchés » sur blog ?
J’ai en tête un dessin dans un magazine. On y voit deux souris dans un box de laboratoire et un étudiant qui les regarde. Expérience de Pavlov sur le réflexe conditionné. Une des souris dit à sa copine : » C’est étrange. A chaque fois que la cloche sonne et que je vais courrir pour aller manger, je vois cet étudiant qui pousse un soupir de soulagement ».
Alors qui observe qui ?
14 novembre 2008 - 15:39
Salut yenayer. Je pense qu’on s’observe tous mutuellement. Les regards convergent, les jugements émis divergent. Impossible de confondre certes ce qui est dit et qui on est. Bien sûr que je suis d’accord avec toi lorsque tu dis que ce que racontes quelqu’un sur quelqu’un d’autre fait transparaitre le comment est quelqu’un n°1. L’enjeu n’est pas dans ce qui est dit, c’est ce que perçoit le lecteur. Tous les lecteurs font ils la distinction que tu émets. Je n’en suis pas sûre.
Si A insulte B. Que vont se dire les lecteurs? A a trop raison? A est trop méchant? B le mérite? C’est scandaleux pour B? Une fois de plus, il s’agit à chacun faire la part des choses. Et je t’assure que c’est moins simple que ça en a l’air.
14 novembre 2008 - 17:44
Du coup, il faut décider. Qui prendre au sérieux ? Quel avis compte ? Ou simplement que finalement aucun avis ne compte … Décider de se mettre hors d’atteinte, pas en n’écrivant plus, pas en ne lisant plus , mais juste en mettant cette distance essentielle à la protection de soi .. Il faut que ça glisse ..
Comme tu aimes les belles photos et la musique, je viens juste de tomber dessus :
http://www.ashworth-photos.com/
15 novembre 2008 - 1:31
Disons qu’il faut se faire un avis mais que dans l’absolu, il faut savoir le nuancer et éviter de prendre parti sans avoir toutes les clés en main. Erreur que commet un grand nombre de personnes. Sinon merci pour le lien, les photos sont sublimes!