Et si c’était vrai | Zone X-trême, l’expérience de Milgram du réel

Présenter un jeu de torture c’est moins rigolo que de présenter la météo
Imaginons un monde télévisuel sans limite. De limite entre la fiction et la réalité, le divertissement et l’immonde. Hier soir, au cours du diner, nous avons évoqué avec ma meilleure amie cette émission, Zone X-trême, présentée par Tania Young, piloté par France 2, tourné durant 10 jours dans le but de réaliser un documentaire sur les dérives de la télé-réalité. Aux manettes, le grand Gilles Amado, réalisateur connu pour ses illustres shows tv : Sacré Soirée, Les Restaus du coeur, Intervilles, Ciel mon mardi, Fort Boyard et j’en passe.
L’expérience de plateau que ma meilleure amie a vécu à chaque tournage et relatée par elle-même nous a estomaqué. Un excellent article paru sur Ecrans vous en dira beaucoup plus sur ce qui à mon sens risque d’être un électrochoc visuel si l’on en croit les résultats constatés par l’expérience.
Un vrai public, de vrais candidats, sur un vrai plateau (l’émission a été tournée à la Plaine St Denis), un acteur en revanche en guise de cobaye qui se fait électrocuter s’il donne de mauvaises réponses. 480 Volts, certains candidats sont allés jusqu’ à lui infliger ça pour remporter une coquette somme d’argent. 1 million d’euros, ce n’est pas rien, mais à quel prix. Celui de devenir un barbare pour le fun et la maille? Ce qui est complétement insensé, c’est que le tournage de ces 80 émissions (de 35 minutes) ne sont que des pilotes. Pilote = l’émission ne sera peut-être même pas diffusée et l’argent ne sera par conséquent pas remporté. Ca ne les a pourtant pas empêchés d’actionner la manette, d’entendre l’homme crier puis se taire enfin. Il parait que ça soulage, de ne plus entendre l’autre gémir lorsqu’on le fait ainsi souffrir. Certains ont évoqué le fait de ressentir la même chose que les bourreaux de la 2nd guerre mondiale. Rien que ça.
On est en 2009, sur un banal plateau de télévision et rien ni personne ne les a forcer à inflinger 480 V à un innocent. La violence déborde de l’écran, même après le JT, c’est encore l’horreur. Car des gens de l’ordinaire s’enlisent dans des situations extraordinairement ignobles parce qu’ils passent à la télévision et qu’on leur a dit de faire ci, de faire ça. L’expérience de Milgram version grandeur nature, ça fait tout de même flipper.
Le résultat de ces fausses émissions (mais comme vous l’avez compris tournées en condition réelle) servira à un documentaire qui vraisemblement est prévu pour la fin de cette année et dont le budget faramineux (2,5 millions tout de même!) promet de nous en mettre plein les yeux et la tête.
Il ne manque plus q’une version télé-réalité de Battle Royal et on est foutu.
























1 mai 2009 - 0:27
ce qui est encore plus consternant c’est que la télé soit obligée d’aller piquer 30 ans en arrière ses concepts dans « I comme Icare » qui, j’en mets ma main au feu, est tout aussi didactique que le sera le prochain docu… la classe de Montand en plus…
http://www.dailymotion.com/video/x3z17o_lexperience-de-milgram-i-comme-icar_tech
http://www.dailymotion.com/user/lavage-de-cerveau/video/x3z0v6_lexperience-de-milgram-i-comme-icar_politics
1 mai 2009 - 21:35
À LA SUITE D’UE TROIS PAGES CONSACRÉES À UN DOCUMENTAIRE SUR LA TÉLÉRÉALITÉ :
LA PREUVE PAR LE PIRE, LA PIRE DES PREUVES OU LA PREUVE, ALIBI DU PIRE ?
On ne sait laquelle de ces expressions choisir pour qualifier cette reprise de Stanley Milgram pour « dénoncer » la télé réalité et pour les « besoins » de cette dénonciation dans un documentaire.
Ce qui est infligé aux pseudo candidats est de loin ce que l’on a fait de pire dans la télé réalité et, comme dans toutes les émissions du genre, les auteurs et producteurs se servent d’un supposé blanc seing des candidats qui seraient pour la plupart sortis enrichis par cette expérience qui leur aurait appris à chacun quelque chose.
Le producteur, Christophe Nick, veut démontrer que la télé peut faire faire n’importe quoi. Il démontre surtout que le producteur de télé est prêt à tout, même à faire pire que ce qu’il dénonce.
La Shoah nous a appris que l’acte le plus barbare est d’instaurer les conditions de la déshumanisation de l’autre. Et les survivants nous ont transmis que la blessure la plus altérante que l’on leur avait infligée, était l’affreuse blessure narcissique résultant
de l’immense déception et de l’immense honte qu’ils avaient d’eux-mêmes. Les barbares, les nazis sont ceux qui ont construit l’univers les mettant en situation de renier leurs affects les plus précieux, le plaisir d’être eux-mêmes, en créant les conditions pour les noyer dans la barbarie.
On assure aux pseudo candidats que les décharges électriques qu’ils infligeront ne seront pas irréversibles. Les auteurs de ce documentaire sont-ils certains qu’ils peuvent garantir la même chose aux personnes qui leur servent de cobaye.
La civilisation qui se forge contre la barbarie est une affaire collective, politique. Et il faut être un inculte pour ne pas en tenir compte. Quelle pauvre projet que celui de vouloir démontrer que la télé peut faire faire n’importe quoi. Que les auteurs de ce documentaire lisent Primo Levy ou le bouleversant ouvrage de Jean Hazfeld, « Une saison de machette » sur les assassins du massacre rwandais. Qu’il regarde l’ « Oeuf du serpent » d’Ingmar Bergman.
Ils y apprendraient que la barbarie est au cœur de la société des humains, qu’elle peut procéder d’une extrême banalisation. Il saurait que c’est une menace toujours présente, chez l’homme universel et donc chez tous les êtres singuliers, chez moi, chez eux.
Et au lieu de faire dans un moralisme, entre la näiveté et son pendant, le cynisme, il saurait que la barbarie est fondamentalement constituée par la déshumanisation de l’autre. Et il n’y jouerait pas.
Et le journal patronné par Sartre ne leur donnerait pas de manière aussi neutre la parole, Jean Paul Sartre qui affirmait son attachement fondamental à l’altérité dans la dernière phrase de son roman autobiographique « Les mots » en écrivant qu’il valait tous les hommes et que tous les hommes le valent.
2 mai 2009 - 1:15
Sur la forme, je te remercie pour la jolie photo
Sur le fond, même si je me suis déjà exprimé au diner en cause, je suis plus qu’impatient de voir le résultat de ces expériences. Il est en effet inquiétant de voir l’aisance avec laquelle les pseudo-candidats font souffrir la « victime »…foi aveugle en l’outil télévisuel ou sadisme latent? J’avoue que j’attend d’avoir un certain nombre de clés de lecture que devrait nous donner ce documentaire.
2 mai 2009 - 1:29
à voir en attendant:
http://www.dailymotion.com/user/lavage-de-cerveau/video/x3z17o_lexperience-de-milgram-i-comme-icar_tech
http://www.dailymotion.com/user/lavage-de-cerveau/video/x3z0v6_lexperience-de-milgram-i-comme-icar_politics
6 mai 2009 - 18:36
merci maxo pour les liens!
25 mai 2009 - 14:50
Pour l’expérience de Milgram, il est essentiel de rappeler son but premier: ce n’est pas de voir si les gens sont capables de torturer, mais de juger du degré d’obéissance d’une personne mise sous la tutelle d’une autorité supposée supérieure.
Dans la dite expérience, le médecin représente « l’autorité » qui garantit une forme d’impunité morale, un cachet sécurisant où le tortionnaire se sent en droit de le faire « puisque le chef dit que ce n’est pas dangereux ». Dans la même veine, la plupart des candidats de ces trucs se rassurent en se disant que, de toute façon, la chaine est l’autorité leur garantissant sécurité et impunité en cas d’accident.
De toute façon, le sadisme est une composante classique de l’homme, car en tant qu’être « pensant », celui-ci gradue ses actes pour leur donner une valeur morale (ou immorale). C’est culturel: la torture n’est pas estimée comme honteuse dans toutes les sociétés, tout comme nombre de cultures avaient parmi ses fondamentaux l’adage du « la fin justifie les moyens ».
25 juin 2009 - 11:00
Oufff ça me rassure de voir que je suis pas la seule! Merci lionel!
J’ai lu un article sur cette expérience dans l’huma dimanche. J’ai 17 ans. Ca m’a choquée. Premièrement, je pense que les réels tortionnaires sont ceux qui ont eût l’idée d’une telle expérience. Personnellement, si j’avais été victime d’une telle expérience, prise au piège, après je pense que ma première idée aurait été de me suicider. Avec cette émission, ils détruisent l’image que les gens ont d’eux mêmes. Je ne vois pas comment les candidats pourraient reprendre une vie normale après un test comme celui-là.
Beauvois et Courbet ont pensé leur projet ils faut beaucoup de temps pour mettre en place une telle émission. Ce n’est pas logique qu’ils aient oublié que les gens qu’ils allaient tester était des êtres humains comme tout le monde et allez souffrir. Ils ont pourtant forcément eut le temps de la réflexion. Les psychologues présents sur les lieux et qui ont cautionné cette expérience savaient les dégâts qu’elle pouvait faire sur les vraies victimes, les candidats. Pour moi, en tout cas, y a pas de doutes a avoir, après une telle expérience j’aurai mis très longtemps a m’en remettre, si je m’en étais remise et je pense que les gens qui en ont été l’objet de ce test ont du suivre une bonne thérapie avant de pouvoir a nouveau se regarder dans une glace et assumer le regard de leurs proches.
Dans un deuxième temps, je pense que cette émission n’a attiré que des gens d’un certain milieu. Le titre de l’émission (Zone X-Treme) et le principe même d’une émission de télé- réalité attirent comme candidats des gens d’un milieu populaire, pas très instruits. Puis il y a l’appas du gain (même s’il s’agissait toujours soit disant d’un pilote et que les candidats n’allaient pas forcément toucher l’argent) Cette expérience n’est pas, a mon avis, réellement révélatrice de l’emprise de la télévision sur la population.
Dans un troisième temps, je pense qu’à force de répéter au gens qu’ils sont tous pourris ils vont finir par le devenir. Nous, les jeunes, on est tous inconscients, désinvoltes à écouter l’opinion générale. De ce fait, on ne nous parle plus vu que de toute façon on ne sera pas intéressés, on ne nous écoute plus vu que de toute façon on n’a pas réfléchi a cela. Le pire c’est, qu’au résultat, les jeunes ils font de moins en moins d’efforts et s’intéresse de moins en moins. Ben pour les gens c’est pareil, a force de leur dire tous pourris ben ils voient plus l’intérêt de faire un effort et ils se disent même que y a pas d’autres façons d’agir.
Pour finir, je crois que ce qui m’a le plus choquée c’est que l’huma et mon papa marche dans tout ça et aient pas assez de recul pour se dire comme moi. Mon papa il a fallu que je lui dise, que je pleure, pour qu’il comprenne, c’est décevant son image de père parfait en prend un coup. Pour l’huma ben c’est l’incompréhension totale. Je pensais pourtant que c’était un journal bien que les gens avaient du recul, un regard critique et de la sensibilité … qu’ils étaient humains.
25 juin 2009 - 11:09
je corrige c’est cristophe nick qui a conçu cette émission Beauvois et courbet ont mené le projet avec lui. La conception pour Nick a pris 2ans.
24 juillet 2010 - 17:50
Il est clair que beaucoup de français après cette pseudo crise seront encore plus flexible .J’avais vu le docu la mise à mort du travail et c’est sure que se seraencore et encore pire .