Londres m’a accueilli les bras ouverts, à deux heures de route, pas de visa, ni permis de travail requis.
C’était bien plus facile que tout ce qu’on avait ambitionné des mois auparavant. Merci l’espace économique européen (EEE)
Et puis après… Après, il y a ce grand saut, les manches remontées, le désir et la pugnacité.

La semaine où nous avons posé nos valises à Londres, l’été était en avance (pressé d’arriver, pressé de repartir). On a pris ça pour un bon présage. On en profité.
Une semaine plus tard, tout était reparti: la grande soeur, le soleil, les vacances.

Le vrai premier contact a été rugueux. Cette recherche d’emploi m’a fait l’effet d’une claque. Je suis sortie de ma torpeur d’un envoi de cv à l’autre.
C’était mon Lost in La Mancha à moi. Je me demandais chaque jour qui passait, comment j’allais venir à bout de ce projet.

Mais j’avais besoin de me faire bousculer, de trébucher, de me sentir capable.  J’ai trouvé ça d’une violence inouïe. Ces portes qui se ferment avant de s’ouvrir, cette remise en question continue, ces journées d’attente à poireauter à côté du téléphone, ou devant la boîte mail à cliquer frénétiquement sur envoyer/recevoir.

Ma principale préoccupation était de savoir si j’allais y parvenir. Passer des entretiens en anglais, me vendre, me raconter. Déjà que je n’aime guère l’exercice dans ma langue natale, comment allais-je me débrouiller dans une langue étrangère? J’ai appris l’anglais à l’école, en matant des films en vo. C’est bien, mais c’est pas suffisant.
J’ai flippé, grave.
D’autant plus que je voulais continuer de faire ce que je faisais en France, trouver une agence de com’ digitale où rouler ma bosse, travailler dans une équipe sympa, avec des clients encore plus sympas (même si on ne le sait que trop bien, un client, c’est jamais complètement sympa)

Lors de mon premier entretien, j’ai eu l’impression de passer un oral du bac. J’avais littéralement bachoté, préparé à fond le sujet, appris des phrases types par coeur, limite des références à la con « why London? – Because I love Simon Pegg and Amy Winehouse »
La première fois donc, j’ai eu la chance du débutant, j’ai fait un strike. Ils m’ont trouvé nice. C’est bien mais c’est pas suffisant.
Au deuxième entretien (qui a eu lieu dans la même journée), j’avais perdu ma chance du débutant.  Je n’ai même pas réussi à faire un spare. La loose intégrale.

ça c’était en mars. Deux mois avant le départ. L’avantage, c’est que Londres est à deux heures de Paris. Le désavantage, c’est qu’un billet d’Eurostar pris la veille, est plus onéreux qu’un ticket de métro. J’ai eu quelques contacts avant d’atterrir ici, mais on est jamais mieux servi que sur place.

Leçon n°1: ne jamais se réjouir trop vite. J’ai pensé que s’ils me faisaient traverser cette putain de Manche, c’est que j’avais mes chances.
QUE DALLE.

Leçon n°2 : ne vous apitoyez pas sur les premiers échec. La première boîte que j’ai vue il y a 5 mois a mis la clé sous la porte, malgré le fait qu’elle ait pignon sur rue. Et maintenant que j’ai une meilleure connaissance du marché, je me rends compte que la seconde ne payait pas si bien que ça…

Leçon n°3 : allez à la rencontre du marché, courez après les tarifs, n’acceptez pas un job à n’importe quel prix à moins que vous ne vouliez vendre vos bijoux pour continuer à payer le loyer. Vous ne le feriez pas en France, ne le faites pas à l’étranger (même si c’est tentant). Ne vous dévaluez pas.

Leçon n°3: ne vous faites pas avoir par la mention « award winning« . Tout est award winning ici, c’est plus chic. La moitié des restaus indiens de ma rue sont award winning, mon agence immobilière aussi, le boulanger du coin aussi. Même Sandra Bullock est award winning, ça veut tout dire. Les premiers temps, j’ai demandé à mon ami Google « award winning digital agency London », pour ne pas me retrouver dans un truc miteux.
QUE DALLE

Leçon n°4: ce n’est pas parce qu’on vous reçoit à un deuxième entretien (ni un troisième, ni un quatrième d’ailleurs) que c’est gagné. Au troisième entretien décroché depuis la France, j’ai passé une première étape au téléphone, puis on m’a dit de venir, puis j’y suis allée, puis on ne m’a plus jamais rappelé. Même pas pour me dire va te faire foutre, va te mettre ton billet d’eurostar à 200 euros au fond à droite.

Leçon n°5: ce n’est pas parce qu’on vous reçoit à un second entretien, qu’on vous demande de faire une présentation, qu’on vous dit que c’est super, qu’on va  probablement vous intégrer à l’équipe que c’est gagné. Ce genre de personne est susceptible de ne plus jamais répondre à vos mails par la suite…

Leçon n°6: ce n’est pas parce qu’on vous reçoit à un entretien, qu’on vous promet un second entretien, qu’on vous dit « viens tu commences demain, demande machine à l’accueil à 10h » que c’est gagné. Ce genre de personne est susceptible de vous dire une demi-heure plus tard que finalement on va attendre le retour de vacances de quelqu’un et qu’on verra bien à ce moment là…

Leçon n°7: Ce n’est pas parce qu’on vous dit que vous allez voir le CEO lors d’un second entretien lorsqu’il aura des disponibilités, qu’il aura un jour des disponibilités…

Leçon n°8: résumé des 4 leçons précédentes, ne soyez sûrs de rien avant d’avoir signer votre contrat de travail.

Leçon n°9: Les agences de recrutement seront vos meilleures alliées. J’ai travaillé avec environ 12 d’entre elles. C’est fatiguant. Certaines vous traitent comme du bétail, d’autres prennent au moins le temps de vous voir et de connaitre votre prénom. Il y a pléthore d’agences spécialisées dans le digital. Si vous voulez des conseils sur lesquelles consulter, ou éviter faites moi signe. Je pense, après un mois intensif de collaboration avec elles, les connaitre un peu mieux qu’à mon arrivée.

Leçon n°10. Pourquoi les agences de recrutement vous seront utiles? Parce que certaines boîtes ayant laissé ma candidature spontanée sans réponse ont accepté de me recevoir par le biais d’un cabinet de recrutement.

Leçon n°11: Certaines agences de recrutement ne seront pas votre alliée. Celles au suivi pitoyable, celles qui ne comprennent pas ce que vous faites dans la vie, celles qui n’envoient pas votre cv aux annonces qu’elles vous proposent (ce dont vous vous rendez compte lorsqu’une autre agence de recrutement décrochera pour vous ce même foutu entretien), celles qui envoient votre cv n’importe où sans te demander ton autorisation.

Leçon n°12: persistez néanmoins avec des candidatures spontanées. Si une grande partie des agences digitales londoniennes font appel à des cabinets de recrutement, une autre bonne partie possèdent ses propres ressources humaines. N’hésitez pas à aller dénicher des contacts directs via Linkedin.

Leçon 13: n’ayez pas peut d’aller à un entretien pour lequel vous n’êtes pas fait. Ca vaut le coup d’avoir la preuve que nous n’avez pas les compétences pour tel ou tel job (par exemple, je sais avec raison aujourd’hui que je ne suis pas un chef de projet technique…) Mais attention à ne pas vous décrédibiliser… Il y a des chances pour que ça ne se passe très bien… NON CETTE LEÇON N°13 EST UNE LEÇON A LA CON

Leçon n° 14: soignez votre profil Linkedin. Listez toutes vos compétences, toutes vos expériences, faites vous recommander. Les chasseurs rodent. C’est d’ailleurs par ce biais que j’ai décroché mon travail actuel. Ce fut mon plus précieux allié durant toute ma recherche d’emploi ici.

Leçon n° 15: qu’est ce que je vaux avec 6 ans d’expérience professionnelle? En France, c’est bien, mais à Londres, c’est pas suffisant. Ici, je suis mid-weight quelque chose… à l’orée du senior. Du moins si comme moi tu cherches un poste de project manager en agence.

Leçon n°16 : si comme moi, vous ne savez  pas si vous fais partie de la catégorie project manager ou account manager, dites simplement que tu as un profil hybrid

Leçon n°17 : n’hésitez pas à modifier un intitulé de votre cv si ce n’est pas un mensonge. Après deux semaines infructueuses d’envoi de cvs, j’ai décidé de ne plus être marketing director mais project manager. Tout s’est débloqué à ce moment là. Il fallait simplement rentrer dans des cases. Vous ne pouvez pas être tout à la fois, même si en France, on vante la polyvalence, choisissez le profil qui vous correspond le mieux, et qui se rapproche le plus de vos aspirations.

Leçon n°18: l’expérience française, que vaut-elle? Elle n’a de la valeur si elle est significative et en adéquation avec ce que vous recherchez à Londres. C’est pour ça qu’il faut bien comprendre ses forces, ses faiblesses, l’implication qu’on a eu dans chacun des projets auxquels on a participé, la valeur ajouté de chacune de nos expériences professionnelles passées. Le territoire ne fait pas l’expérience.

Leçon n°19: à la question, quelle est ta méthodologie? Évitez de répondre: à la française c’est à dire à l’arrache et à la one again. Ils apprécient la méthode Agile. Demander la définition à Wikipédia.

Leçon n°20: si comme moi vous rêvez de la grande agence (en voici une liste assez complète: http://www.thedrum.co.uk/digital-100), et que vous vous demandez si la sélection se fait « à la française », je vous dis non. Le diplôme vaut moins qu’une expérience pro significative (dans une grosse agence et c’est là que le cercle vicieux commence).

Je compléterai certainement cette liste au fur et à mesure car je suis persuadée d’avoir oublier certains points.
Mais déjà, voilà par tout ce que je suis passée depuis un mois et demi avant de décrocher mon premier job à Londres 🙂

Et si vous avez des questions, j’y répondrais avec plaisiiiiiir.

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London blues, keep calm et trouver un job à Londres

 

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