
Je fais passer la pilule avec un whisky-coca à la lueur d’une bougie aux parfums épicées. Je suis l’alcoolique de 19h, heure à laquelle se déclenche tous les soirs les crises d’angoisse et de larmes, mon réflexe de Pavlov depuis l’emménagement. Heureusement, hier soir, les retrouvailles avec Milou autour d’une fondue savoyarde au Bistro du Boursier ne m’ont pas laissée le temps de verser ma petite larme, si ce n’est de contentement. Nous avons évoqué les années étudiantes, qui forcément nous manquaient bien moins que les fêtes entre potes qui allaient avec. Nous étions nostalgiques des soirées à quatre avec Lulu et Ju. Nous avons beaucoup bu, tout le long, surtout dans un bar où nous a emmené un ami dans lequel les shoots et les pintes étaient à 1,50 euros (forcément…), puis Igalico nous a rejoint, fraichement colloqué désormais avec l’ex. Vodka, bière, kiss cool, mélangés avec le kir et l’Apremont du restau, je n’étais plus bien fraîche vers la fin.
(2 heures plus tard)
Je ne pleure plus. Je papote avec une amie d’enfance, la plus ancienne, une hindoue que j’ai croisée un lundi matin il y a 20 ans dans la cour de maternelle et qui m’apprendra prochainement à faire un vrai curry. Elle me parle de la dernière photo qu’on a faite ensemble, pour mes…6 ans. Je me souviens parfaitement. Dessus, elle porte un pull mauve et moi un rouge, il me manque aussi quelques dents que mon sourire démasque. J’ai l’air heureuse. Le bon vieux temps.
Ce dimanche matin, j’arrive avec la gueule de bois à l’anniversaire de mon grand père. J’ai l’impression que les escalators vont trop lentement, je fonce vers la voie 36 à la Gare du Nord en direction de chez moi. Parfait, c’est mon quai préféré. En traversant la ville, je remarque que le vidéoclub dans lequel j’ai bossé a été vendu, le dojo dans lequel j’"excellais" a été rasé, les tendres années s’envolent du coup. Arrivée chez les grand parents, je serre mon papy dans mes bras, prend quelques photos de nous, il me tapote le dos faiblement, j’ai envie de pleurer.
Je profite de ce dimanche en famille pour me ressourcer, malgré l’éternelle ambiance électrique qui y règne. Ici, je me sens aimée, étouffée, étrangère, habituée par les cris, les engueulades, les remarques blessantes, mais aussi les petits rien qui font plaisir "t’as perdu du poids non?" Il n’y a qu’eux pour voir ça.
On mange de la fondue chinoise, un fraisier comme à chaque anniversaire, du dessert typique qui vous ferait sans doute gerber (j’étais pas loin). On file chez Ikea, où je fais un hold-up sur tout ce qui est rouge. Tapi, panier à linge, flowers, bougie, coussins. Je chope au passage le banc que je voulais. Installant le tout chez moi, je vous écris sous la red light, après avoir peinturluré mes doigts en rouge avec le vernis, assorti à mon humeur, et que j’ai récupéré au marché hier. Je reçois un message sur Facebook d’un ami qui m’écrit "And don’t forget Red (light) is for sex… ;-)". J’aime.
La petite touche kitch de mon appart’, c’est la pendule Mickey que mes parents m’ont offerte. J’adore, je garde.
Ma mère a rempli mes placard de bouffe comme chaque fois. Je me demande pourquoi je vais faire les courses. Dire que j’étais passée hier à Champion intentionnellement pour remplir mon frigo et lui montrer que je ne mourais pas de faim. A quoi ça sert…
Je finis le week-end un peu morose, mais ça va bien. Je me sens comme dans des pantoufles dans mon nouveau chez moi. Je me lève tôt le samedi matin pour rentrer dans ma ville natale faire le marché. Weird. Hier j’ai pu ainsi refaire ma garde robe. Le petit manteau mauve bouffant qui va bien, la petite robe mauve aussi dont je rêvais et quelques pulls pour passer l’hiver. Je me demandais jusqu’à quand mon compte en banque allait supporter mes excès, mais il est vrai que je ne comblerais jamais mon vide intérieur par toutes ces acquisitions matérielles.
Un ami m’a dit très justement qu’il fallait apprendre à vivre seule pour affronter ses démons, la mort surtout. Je n’avais plus envie de mourir, même si parfois la tristesse est telle que le néant glisse sur moi comme une savonnette.
Je me sens comme, je ne sais pas, sur une rampe de lancement sans doute. Un frisson me parcourt avant le départ, mélange d’excitation et d’appréhension.
Mon boss vient de m’envoyer un mail pour me féliciter d’un doc. préparé avant le week-end. C’était la pichenette qui me fallait pour me faire basculer dans le positif.
Après ces cinq dernières années bien éprouvantes, je pense que ça ne pourrait pas être pire. J’envisage un mieux.
Au seuil de la nuit, Kaolin me souffle Evidemment tu l’aimes encore, je le vois bien tu sais et puis alors?
Ca passera. Oui ça aussi.
Tuduuuuuu, comme dirait la pouffe de la pub Bourgeois.