Il est des choses qui s’en vont sur la pointe des pieds, que vous scrutez un temps s’éloigner, puis sombrent dans l’oubli et le tourbillon de la vie. Souvent je me remémore ces attaches au passé qui ne se détachent qu’un peu, se tâchent d’encre et de soupirs éphémères. Une dépression, un adieu sur le pas d’une porte grinçante, un spleen tranchant, et toutes ces blessures qui remplissent le bocal jusqu’à tuer les poissons rouges nageant un crawl renversé, ventre à l’air. Il suffit d’un rien pour créer des vagues. L’évocation des effluves puantes d’une époque révolue, les souvenirs révoltants des amitiés et des amours disparus, les sanglots lointains qui sonnent le glas d’une vie antérieure. T’as voulu te suicider combien de fois, me demande-t-il. Question sismique qui remue jusqu’à l’intérieur et encore plus profondément. Il n’existe qu’une réponse exacte. Plus jamais. Chiffre raisonnable qui ne nécessite pas d’avoir fait maths sup’.
Je ne refusais plus d’accepter. Je ne haïssais plus. Ni L’autre, ni les autres. A quoi bon. J’ai tiré un trait à la règle, pour être à la page, la bonne. Je faisais moi-même partie du lot, de ceux que je rechignais à pardonner. Je me suis laissée grandir, et la vie ne faisait que commencer, après une dernière confrontation larmoyante, il y a deux mois, avec celui pour qui je. [Fin de la phrase]. Le temps d’essuyer quelques déboires et des nuits ivres sur le parquet froid d’un appartement qui sentait la mort à longueur de temps, j’arborai enfin ce sourire qu’on affiche en pleine rue, lorsqu’on se fiche du reste. Je pensais que grandir c’était d’arrêter de se comporter en adolescente turbulente. Je le suis toujours, mais j’ai fini par écarter l’éventualité de privilégier ma fierté à l’action.
L’adolescence se prolonge dans une adulescence à remous, certains jours aux facettes de soap opéra, bandante et débandante. Je ris, je ne pleure plus. J’envie, je saute de joie, je remercie régulièrement, les yeux levés au ciel, comme deux seaux d’eau débordant de reconnaissance. Mes lecteurs de longue date l’auront compris. Il y a un avant et un après. Sur ma bibliothèque, j’ai retrouvé des anxio auxquels je n’ai finalement jamais touchés. Thérapie jetée à la poubelle après cinq divans dans lesquels j’installais tranquillement ma déprime au lieu de la chasser. Ma seule thérapie était de trouver par moi-même comment vivre sans béquille. J’ai appris à marcher seule, un matin de printemps où j’ai pris conscience d’une vie en forme de balade des possibles. Et sur ma route j’ai croisé des tas de gens qui m’ont tendu leur main. Je n’ai plus jamais eu envie de retomber.
Le passé m’avait rattrapé, matérialisé en un message sur mon wall FB aujourd’hui. Peu importe. L’irruption de la réalité dans un drame aseptisé me fit comprendre qu’aujourd’hui enfin tout allait bien.
On a évoqué le pari de Pascal et je ne cesse plus de croire, même si parfois cela semblait dramatique. J’aime échouer tant que ce n’est pas la vie que je perds. Plus jeune je voulais être prof de philo, je ne l’avais dit à personne. Et maintenant sur mon balcon, je rêvasse de mon premier roman, mon premier album, mes premières fois qui ne cesseront de se multiplier.
J’aime bien cette idée d’éternel recommencement. Des rêves qui se lèvent tous les matins, en même temps que se déclenche la sonnerie du réveil. Il m’en reste pleins sous l’oreiller, à sortir pour se maquiller les yeux lorsqu’ils seront pleins de cernes tristes.

Toutes les photos sont tirées du dossier Hollywood’s Next Wave du Vanity Fair de Juin












Romain says:
Même si on se connait pas depuis longtemps, je trouve que tu as pas mal évolué, t’apprends de tes erreurs (et qui n’en fait pas
), et doucement tu trouves ton équilibre.
Avec une propension à la fuite en avant, mais j’ai l’impression que tu commences à faire des arrêts de temps en temps…Plutôt un signe de sérénité, ça.
Ton meilleur anxiogène, si j’ai bien lu à travers tes lignes, c’est tes amis. Et ton blog aussi. Un peu…Et toujours cette foutue fuite en avant.
Je suis chiant avec mes comms longs, non? :p
Jul 01, 2008, 17:38aWa says:
J’aime beaucoup la chanson, elle est superbe !
J’ai tout arrêté pour l’écouter…
Et bien sûr, le texte est beau, comme souvent, j’ai envie de dire, lorsque tu écris avec cette plume-là.
Bonne soirée.
Jul 01, 2008, 21:30Emilien says:
Je te découvre des talents d’auteur :p
Je ne te connais pas (encore) assez pour tout saisir et faire un commentaire correct mais ce qui ressort de ton billet c’est que ça va mieux, et c’est positif ^_^
Jul 01, 2008, 1:06