
Claudia Schiffer in GQ
C’était simple, oui certains jours, la vie glissait doucement sur ma peau et ne faisait plus mal, ne donnait plus de coup dans le ventre comme un enfant en colère. On avait lu et relu ce bouquin qui nous avait changé la vie et chaque fois que je me sentais vaciller, je rouvrais un chapitre, je buvais chaque ligne pour étancher mon spleen. C’est Célinette qui, il y a quelque mois m’en avait parlé, et depuis, je l’ai conseillé à d’autres, jamais déçus par cet ouvrage qui nous aidait à changer notre vision de cette existence que l’on ne pouvait plus porter comme un fardeau. Les choses sont devenues de plus en plus simples et certains matins au réveil, je pense qu’il est tellement facile d’être heureux lorsqu’on apprend à manier habilement les ficelles de ce bonheur subtile, que cela n’était qu’une question d’habitude. Comme la fâcheuse habitude qu’on a de se dire déprimé ou malheureux ou névrosé, autant de qualificatifs qu’on s’impute parce qu’on a rien d’autre à foutre de son temps. On s’invente les postures pour, on se complait dans cet était dont il n’est pas si complexe de sortir. On devrait en faire une discipline scolaire, car j’aurais aimé dès mon plus jeune âge apprendre à gérer mes émotions, à encaisser les coups et savoir rester maître de ma vie. Car les pires chutes sont celles où l’on se sent déposséder de soi-même.
Alors depuis, on se sent capable de tout, même dans les moments difficiles, on est persuadé de pouvoir passer le cap, même si au fond une boule de colère et de tristesse pouvait nous pourrir le sang. On arrive à en rire sur l’instant et non plus dans dix ans, c’est très excitant. Ce n’est pas un livre sur le bonheur, mais sur sa recette et les ingrédient nécessaires pour construire une vie réussie. J’avoue qu’il est difficile au quotidien de s’en tenir à tous ces principes, mais beaucoup de choses avaient changé depuis qu’on avait lu ce bouquin, ça nous avait fait travailler les méninges, on avait retourné nos vies dans tous les sens. Bien sûr, on pouvait ne pas prendre au sérieux ces bouquins de psychologie à deux balles où un Américain, certainement fortuné, nous apprend à devenir meilleur et réussir ce qu’on entreprend. Après tout, était-il plus stupide de lire ce genre de choses que de passer toute sa vie à pleurer sur son sort. Quoiqu’il en soit, plus j’avance, plus j’approuve le postulat de base : on peut obtenir la vie dont on rêve. Ca fait plusieurs semaines qu’avec ma meilleure amie on se dit ‘mince, c’est trop facile’, même si souvent on s’engouffrait dans des histoires rocambolesques.
Et hier soir aussi, je me suis dis que je l’avais déjà vécue cette scène, je l’avais sans doute imaginée, retravaillée, et au finale, je l’ai jouée, récitant mon texte sur le bout des doigts, jouant chaque geste comme si je connaissais le scénario. Je suis sortie de là, je l’ai appelée et une nouvelle fois j’ai dit ‘c’était trop facile’, même si ça pouvait ne pas sonner comme une évidence.
La vie était devenue un immense manège à sensation. Au lieu de vivre les montagnes russes, on était sans cesse dans les loopings, la tête à l’envers, le coeur bien accroché, à rire et à hurler poumons ouverts.
Maintenant, le plus difficile, c’était de ne pas s’attacher











