
Avec ma soeur, nous avons dix ans de différence. Petite j’avais l’impression qu’à 20 ans, elle était déjà trop grande, à 25, pire encore. Je me faisais une certaine idée de l’entrée dans l’âge adulte la vingtaine passée, et moi j’y suis entrée avec ma corde à sauter et mes Vans, l’allure décousue et l’air d’être une éternelle fréquenteuse de cours d’école. Dans les concerts, on me demande ma carte d’identité pour boire mon whisky chéri, à la pizzeria du coin, des inconnus quarantenaires me balancent leur carte de visite sans retenu. Je me dis que ce monde est étrange. J’ai le sentiment de n’avoir pas tout à fait réussi le passage en classe supérieure. Certains jours, j’ai peur d’avoir redoublé, voire triplé mon adolescence, d’y nager encore, d’y sombrer complètement par peur de franchir un cap et de devenir une vieille conne sans principe. Mais en réalité j’en ai presque trop.
J’ai du nutella, mais pas de pain, ce soir, je vis mon premier gros chagrin depuis je ne sais combien de temps, je ne compte plus, qui survient comme une pluie diluvienne après plusieurs mois de sécheresse. Même d’avoir vu en live ce soir Julien Doré à Baltard n’y change rien.
Avec le temps, je suis devenue une sorte de misanthrope, surtout misogyne, non pas par haine gratuite, mais par peur de la déception et de la douleur engendrée par les relations éphémères et les amitiés féminines qui se finissent souvent en eau de boudin, sauf rares exceptions. Je suis en quête de happy ends. J’ose y croire. Ca fait longtemps que j’espère, depuis la première grosse rupture. C’est d’une amitié brisée que j’ai le plus souffert il y a dix ans, il ne faut pas se leurrer. Les hommes se remplacent, les meilleures amies de chaque époque, rodent comme des spectres, telles des sempiternelles remises en question.
J’aime socialiser, mais les gens me font peur. Depuis toujours j’ai préféré la solitude au risque d’avoir mal. C’est un choix. Je préfère la solitude comme compagne, elle au moins, tu sais où la trouver lorsque tu en as besoin. Je me protège des souvenirs et des présences fantômes à venir.
M’attacher à autrui est une hantise de premier ordre, car les relations se dégraphent aussi facilement qu’un soutien gorge. On s’attache, se détache, s’aime avec passion puis se retrouve nu et con avec la solitude qui attend sous l’abri-bus au coin de la rue.
Je suis une sans relation fixe qui ose encore croire au Prince Charmant, aux ami(e)s parfaits. Mais qu’est ce que la perfection si ce n’est une correspondance approximative à notre système de valeurs. Je ne m’attache réellement qu’au gens que j’admire. Et dieu sait qu’il y a une multitude de qualités à admirer : la gentillesse, l’empathie, l’altruisme, la sagesse, l’ouverture d’esprit, l’humilité…
Nous vivons dans une ère où l’humilité devient une denrée rare. Aujourd’hui, on se vante à peu près de tout, même d’être bourré de défauts, d’être égoiste, d’être un connard. Y a-t-il de quoi être fière au point de parader avec tout ça sur la place publique comme si on exibait un bonnet D avec un joli décolleté.
Je m’arrête ici pour ce soir. J’ai fini mon whisky, ma clope, mon stock de spleen. Tout cela ne traversera pas la nuit. Demain matin, la vie reprendra et les regrets seront emportés au large par les premiers rayons du soleil. J’ose une fois de plus l’espérer. A quoi bon tenir compte des invectives d’autrui. Quelqu’un sera là pour vous à un instant T et peut disparaitre à tout moment Z. C’est un fait. Il faut l’accepter.












Kalenovsky. says:
“Même d’avoir vu en live ce soir Julien Doré à Baltard n’y change rien.”
!
Jun 05, 2008, 9:57La chaaaaaaaance
Marion says:
Cédric est parti
(Bon moi j’ai pas regardé, hélas, mais la vodka était prioritaire hier soir.)
Par contre je con-fesse, Juliiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiien
Jun 05, 2008, 13:15aWa says:
Oui, les amitiés sont terribles.
J’ai pris ma première claque au collègue, de ma meilleure amie, qui depuis ne l’est plus.
Quelque chose s’est cassé.
Une méfiance s’est installée, au fond, cachée, mais là.
J’ai pris ma deuxième claque au lycée, figurée celle-ci, mais ne faisant pas moins mal.
Par une amie de l’époque, encore, et toutes les autres avec elle, sauf une, qui est venue m’en parler.
Ca fait mal.
Mais on se relève, plus fort, plus méfiant.
Plus seul.
Mais plus fort.
Aujourd’hui, j’ai pas mal de connaissances, très peu d’amis.
C’est très bien comme ça.
Je crois que je fais pareil que toi.
Jun 05, 2008, 19:28biactol says:
“les relations se dégraphent aussi facilement qu’un soutien gorge”
C’est toi qui le dis..
“Y a-t-il de quoi être fière au point de parader avec tout ça sur la place publique comme si on exibait un bonnet D avec un joli décolleté.”
Jun 05, 2008, 23:32En voilà une jolie métaphore qui me parle.