Itinéraire d’une enfant névrosée

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Je ne m’étais jamais rendue compte à quel point je flippais de ne pas avoir une vie toute tracée, savoir où j’allais, prévoir des plans que je serais certaine de pouvoir réaliser sur ma comète. Pas des plans de mariage, d’enfants, de voiture ou de maison, non, rien de tout ça. Je n’avais ni mec, ni permis, ni même l’envie de devenir une sédentaire engagée, je n’avais rien vu du monde et m’établir fixement était une idée déprimante. J’aimais seulement avoir un point A et un point B, un itinéraire approximatif et savoir comment joindre les deux bouts, même si c’était en zigzaguant.

Depuis quelques semaines je me sens comme un funambule, marchant sur un fil, mais de manière maladroite, prête à tomber au moindre vacillement. Je n’ai ni départ, ni arrivée, je reste plantée là, sous l’abri-bus, à attendre le bon numéro, pour entreprendre un périple, mais ça ne vient pas, je ne monte jamais, je ne bouge pas un pied et cette inertie dévore mon moral d’une seule bouchée. Je suis tétanisée.

L’humeur est inégale, suit trop la couleur du ciel, manie l’inconstance comme un sabre et me coupe la tête au moindre faux geste. J’envie certains, jalouse d’autres et la jalousie est pour moi un signe de faiblesse, celle de croire qu’on restera toujours en dessous du niveau de la mer, dans un état d’éternelle contemplation d’autrui alors qu’il vaudrait mieux préconiser l’action pour s’élever un peu plus. Longtemps je pensais que dans une relation, la jalousie était une preuve d’amour, mais au final c’était seulement une question de pouvoir et d’emprise. La jalousie s’en va le jour où l’on accepte que l’autre ne nous appartient plus. On ne jalouse pas pour se faire aimer en retour, mais bien pour assoir sa présence et comme un miroir, on aime à regarder la valeur que l’autre nous porte.

J’ai envie de fuir, mais au final, au retour, la vie sera toujours la même. Comment dire aux gens qu’on les aime sans paraitre hypocrite, intéressé, indécent. Je ne sais pas. Vivre plus égoïstement serait une solution, mais il y en aura toujours pour venir vous le reprocher. Je suis triste.


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  1. ninix says:

    “Longtemps je pensais que dans une relation, la jalousie était une preuve d’amour, mais au final c’était seulement une question de pouvoir et d’emprise” –> oui quand la jalousie devient un leit-motiv dans le couple et qu’il bouffe et fait souffrir l’être concerné voire les deux !

  2. saab says:

    Tes mots ont une résonnance particulière pour moi, ils touchent la vérité, un constat, superbe, rien de plus à dire !

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