
Je n’ai pas toujours été une fille sage. J’ai parfois franchi les limites en guise d’expérimentation. Partant du postulat très con et très ouvert qui permet de dire que la jeunesse est un laboratoire et que si ça te pète au nez, sois tu meurs, sois tu ne recommenceras plus, sauf cas SM.
J’ai commis beaucoup d’erreurs, je les ai répétés, en croyant pouvoir changer le monde, les gens, alors que j’étais incapable moi-même de voir les choses différemment de celles que j’avais créés de toute pièce. Dans ma tête, je me sentais comme un super-héros, mais j’avais l’égo trop gonflé pour admettre que je n’allais sauver personne. Je n’arrivais déjà pas à sauver ma propre peau. En ce temps-là, j’avais des théories à la con.
A force d’emmerdes et son pendant plus heureux, j’ai fini par admettre qu’on ne pouvait pas vivre en se fabriquant de sempiternelles théories. A l’époque, j’aimais celle de la fille qui devenait salaud à force d’en avoir trop croisé. Cliché. Anyway, les théories -surtout celles concernant les relations homme/femme- sont des clichés ambulants. Les théories sont faites pour nous rassurer et nous aider à trouver des schémas repère, à nous donner des réponses quand ça fait chier. Les théories rattrapent les paumés que nous sommes, sont des panneaux de signalisation nous indiquant que dans telle ou telle situation, il faut aller tout droit, tourner à gauche, rebrousser chemin ou carrément écraser le badaud errant. Les théories nous donnent souvent raison: “ha bah oui je vous l’avais dit”.
On glisse sur les théories comme sur une piste de bobsleigh et on finit par déraper dans la plus belle des caricatures. Rien de pire que de théoriser sur les rapports humains comme s’il existait des catégories de comportements clones, rien de plus atroce que de se sentir une caricature humaine qui se débat dans ses propres supputations prétendument universelles.
Je l’ai été durant très longtemps, sur ce même blog, il y a moins d’un an. Caricature affreuse de la fille perdue, sortant d’une effroyable relation, solitaire, aimant les relations compliquées, mais de qualité, frustrée de la solitude, mais navrée d’être mal accompagnée, théorisant sur un célibat qui s’endurcissait - que dalle. J’ai fini par comprendre ce n’était pas forcément l’autre qui posait tous les jalons du problème mais je n’étais simplement pas prête à changer ce personnage que je m’étais convaincue d’être devenue. J’ai même cru un moment que j’allais passer les dix ans à venir à rester libertine.
J’aime bien les théories mathématiques. Elles se vérifient. J’aimais bien mes théories de l’époque. Elles m’aidaient à me justifier auprès de mes proches sur qui j’étais.
J’apprends à ne plus théoriser, je me suis rendue compte que c’était une bonne solution pour se laisser surprendre encore par la vie. Dieu que c’est bon.




















31/08/2008 at 20:03 Permalink
J’ai l’impression de vivre la même chose. Sauf que moi, les théories, j’y crois encore. A méditer. Merci Sukie pour tes textes de qualité.
08/09/2008 at 17:45 Permalink
Ужасс.