Ca fait deux semaines que la lettre a été envoyée. Il n’y aura sans doute jamais de réponse. En même temps je n’ai laissé ni nom d’expéditeur, ni adresse de retour. La grande question était de savoir s’il l’avait reçue. Pas de nouvelles depuis son dernier mail il y a deux mois. Le téléphone sonne dans le vide, toujours, encore. Ma meilleure amie l’a ajoutée dans sa liste msn, mais pas de réaction. Elle me tanne pour que j’aille sur place vérifier. Etait-il parti à l’étranger, existait-il encore à cette adresse?
Hier soir, lasse d’attendre dans l’incertitude, j’ai pris mes bottes et mes jambes, j’ai sauté dans le train, et j’ai marché jusque chez lui, traversant cette ville qui me rappelait tant de souvenirs que chaque rue me faisaient mal aux yeux. Sous la pluie, j’ai accéléré le pas, j’avais peur du verdict. Je suis arrivée dans la fameuse rue et me suis arrêtée au 21. Il y avait un cabinet médical et les boites aux lettres derrière la vitre me narguaient, séparées de moi par un digicode. J’attends. J’appelle ma meilleure amie pour lui confier mon désarroi et espère qu’un locataire nocturne viendra ouvrir la porte. Je me laisse une demi heure. Chaque badaud est un passe potentiel, mon coeur fait des bonds dans l’expectative. Cinq minutes passent et mon sésame apparait, un grand brun d’âge moyen, des courses sous les bras. Je le salue, m’engouffre dans le hall juste derrière lui, le remercie. Je m’avance vers les boites aux lettres, je ne sais plus combien il y en avait, mais la liste de noms interminable m’étourdit. Je les scrute une à une, de droite à gauche. Plus les noms défilaient, plus l’espoir s’amenuisait. Et puis tout au bout, au dernier rang à gauche, je l’ai vu. Son nom était là, je pousse un petit cri de victoire qui fait rire mon interlocutrice au bout du fil. Elle me dit de regarder à l’intérieur pour voir si ça ne déborde pas, partant toujours du même postulat qu’il était peut-être parti en voyage. Mais il fait sombre, la boîte a l’air normalement vide, je pousse un soupir de soulagement, la lettre était bien arrivée à destination. Mais comment être sûre qu’il l’avait bien lue. Mon amie m’incite à sonner à l’interphone pour voir s’il était là. Je trouve l’idée incongrue mais bonne. J’hésite. Un homme attend quelqu’un dans le hall. Le temps passe, il est toujours là, ça fait un quart d’heure, je papote au téléphone, j’en ai marre d’attendre, suis prête à partir mais elle me retient au bout du fil. J’ai peur que d’un instant à l’autre il apparaisse et qu’on se retrouve nez à nez, j’aurais eu l’air très conne. Au téléphone toujours, elle me pousse à monter et sonner directement chez lui. Je vais jusqu’à l’interphone, fais défiler les noms jusqu’à tomber sur le sien. Je suis excitée comme un jour de rentrée. J’assiste à quelque va et vient dans le hall et l’homme finit par partir par un des locataires de l’immeuble, alors que je m’apprêtais à laisser un mot dans la boite aux lettres pour indiquer mon passage.
Je m’approche de la bête, appuie sur les boutons, tombe sur le 1119. J’appuie. Je sens un grand moment de tension. J’espère paradoxalement qu’il n’ y ait personne mais sa voix me rassurerait. J’entends un bip puis le nom disparait de l’afficheur, l’écran redevient vert, c’est foutu, grand silence. Soudain, j’entends quelqu’un décrocher et répond Allo. Je reconnais sa voix. Je suis scotchée une demi seconde. Ma copine pouffe au bout du fil en faisant des oh et des ha. Alors je sors vite du hall, prends sur la gauche et cours le plus vite que je peux en rasant les murs.
Je rentre chez moi avec la réponse à ma question. Quelle expédition. Elle me demande si je vais l’oublier. Je réponds en riant non non, j’ai la foi.
Il s’est arrêté de pleuvoir, sur le quai, je regarde un petit couple de vieux heureux. J’écris dans mon journal en écoutant le dernier Nada Surf. Le train me ramène chez moi, je me sens légère.


















11/03/2008 at 11:22 Permalink
Il y’a vraiment de quoi faire une comédie romantique à la sauce coréenne avec toutes ces histoires… lol
J’imagine bien le train partir, toi en train de sourire avec le dernier Nada Surf… Franchement, ça pourrait le faire. Excellent
11/03/2008 at 12:56 Permalink
J’aimerais bien connaître la fin. Mais il faut vivre tout ce qu’il y a avant. Dis, à part tes pho spé, tu prédis l’avenir ?
11/03/2008 at 14:53 Permalink
En fait, je voulais pas encore te le dire mais il est clair que j’ai des talents de clairvoyance.
Devine quoi, ce matin par exemple, j’ai prévu qu’il allait pleuvoir à Bordeaux, du coup en partant ce matin j’ai pris mon parapluie sans même avoir consulté la météo. Ca te laisse bouche-bée hein ? hé hé hé…
Donc la fin concernent ton film…
Je la connais mais c’est une fin qui laisse entrevoir une suite…
Tu veux vraiment la fin de ton histoire ? Je voudrais pas spoiler tu sais…
Non en fait, je te lache le morceau, ça finit par un bol de pho dac biet, ça c’est de la fin Hollywood.
La suite prochainement.