Rien à faire, deux trois broutilles, humeur maussade, pas envie de répondre aux clients, insatisfaction +100. J’ai souri devant le miroir ce matin en me brossant les dents, c’est l’exercice de l’année parce qu’il parait que ça rend joyeux de se sourire. Ca fait deux semaines que je joue à ça. J’ai l’air bête mais ça ne fait rien. + 1 fou rire tous les matins, ça me prépare à la bousculade du tram qui raye très vite le disque. Je joue bien la fille heureuse, je suis bonne actrice. Je fais la gueule devant l’écran, mais au téléphone j’ai la voix enjouée, comme si je vendais des fruits et légumes au marché, je fous des smileys dans les mails pour les clients pour les rassurer. Oui je suis bien votre copine, demander moi ce que vous voulez, justifiez mon salaire.
Je suis passée chez le libraire. J’ai acheté les Inrocks, MadMovies, Marianne, GQ et j’ai bavé devant Patrick Dempsey dans son costard Versace, en tirant la langue comme une vieille obsédée. J’en veux un comme ça. L’homme, pas le deux pièces et la chemise assortie.
Tu sais quoi, ce matin je parlais encore à moi-même, je pensais que lorsque quelqu’un a de l’emprise sur toi, c’est foutu. Moi, ça fait longtemps que je suis foutue mais je le sais alors je m’en sors certains jours mieux que d’autres. On me malaxe et me tord dans tous les sens. On est un jour ou l’autre tous la marionnette de quelqu’un et cette connivence se transforme parfois en complaisance. Ca peut ne pas durer. Question de volonté. Je suis une fille facile, pas dans le mauvais sens. Je suis sympa jusqu’à un certain point. Celui où j’ai envie d’autre chose, cette autre chose qu’on nomme Indépendance. Donc. Je me laisse faire jusqu’à l’explosion. T’exploses, tu meurs, tu ressuscites et tu deviens quelqu’un d’autre. Je te le dis, c’est super sympa d’avoir plusieurs vies. C’est pas très compliqué de changer sa vision de la vie. T’appuies sur le bouton Reset et tu recommences. Je vis encore dans un monde un peu à part, je me fais des films, mais je m’en contrefous. Les mecs tordus me fascinent, et les normaux, bah je cours après quelques mois plus tard. Ma théorie du connard se confirme. J’ai pleins d’amies en ce moment dans ce cas-là. Ma meilleure amie sort avec deux spécimens d’ailleurs. Je propose que l’on forme un cercle, qu’on se dise bonjour en citant nos prénoms et qu’on se congratule de vouloir sortir de ce schéma. Il ne faut pas être dupe, j’ai arrêté de me mentir hier soir et la vérité a fait sbam dans la cage d’escalier, et ça, tellement fort que le mioche du voisin d’à côté s’est mis à brailler. Je suis foutue, mais plus pour très longtemps. Le week-end s’annonce rock’n'roll. Tise, bars, mecs, ivresse, écriture, n’importe quoi. Faut que j’oublie. Vacances j’oublie tout. D’ailleurs avec ma copine, on va aller à Deauville pour faire comme tous nos voisins et respirer l’air iodé qui pue le pot d’échappement parisien.
Les gens faut les prendre avec des pincettes, sinon ils font la gueule et ils t’imputent leur malheur. Moi aussi faut me prendre avec des pincettes parce que sinon je fais la gueule et je vous impute mes malheurs.
Cette nuit, j’ai rêvé que je jouais dans Mars Attacks.
Ce soir on va voir Fatal Bazooka en show Case. J’en profiterai pour vomir sur Michael Youn.


















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