
Remonter consciemment le cours de sa vie, à contre courant, forçant sur les bras, musclés pour avoir porté tant de vies, celles qui nous appartiennent, successivement, et récupérer des morceaux de soi éparpillés. Plusieurs vies en une, c’est le choix que l’on fait pour sortir du carcan que les autres nous construisent, devenu trop étroit, on n’est pas trop étriqué là? Tu es ci, tu es ça, non mais je ne veux pas rester comme ça. Lâchez moi avec cette névrose. Maintenant c’est fini. Tu vois là, c’est moi. Quelqu’un d’autre, avec le même visage, mais à l’intérieur tu remplaces le spleen par une ataraxie persistante. Adieu cyclothymie de malheur.
Dans une adolescence tronquée, j’avais empilé des rêves qui sont restés dans un carton bien planqué. Ma vie ressemble à ces boites, qu’à la fin de nos années collège, nous avions enfouies dans le jardin de notre amie américaine, D., père pasteur, mère adorable, frères brillants. On avait dit qu’à 20 ans, on ressortirait tout, les souvenirs, les babioles qui nous faisait rire à l’époque (un porte-clé pornographique acheté en Allemagne, en ce temps-là, je m’en souviens encore). On a tout paumé et je ne sais plus pourquoi, le jour où il a fallu les déterrer, la terre est restée vide, nos mains aussi. Dans ma tête tout est resté intact. Le nom de mon amoureux de l’époque, celle que je voulais devenir, des messages personnels adressés à celle que je serais devenue.
A l’heure des départs et des tournants d’une vie, je prenais conscience des lacunes, mais également du courage dont il fallait faire preuve pour être heureux. Dans le métro, on s’est fait agressé par une mal baisée, dopée à la paranoïa. Ce sont nos sourires et nos regards qui ont tout déclenché. Vous foutez pas de moi, vous vous moquez, vous souriez, je le vois bien. C’est vrai, on souriait. On se souriait. Elle était invisible, n’existait pas, jusqu’à ce qu’elle prenne notre bonheur pour une attaque personnelle. Dans le métro, prenez garde à vous glisser dans la morosité ambiante, gardez le visage taciturne, ne regardez pas les autres. Les gens soit vous prennent pour un fou, soit se sentent persécutés. Fin de l’épisode, on a changé de wagon. On a pris ça pour une hallucination.
J’avais envie de dire aux gens d’arrêter de se raconter des histoires, mais plutôt d’aller en vivre, des jolies choses. L’autre soir, je me disais qu’à 18 ans, alors que je m’éloignais de mes amis pour une histoire d’amour fumeuse, je m’étais soudainement raconté une histoire glauque, construit un personnage splénétique. Il était con ce personnage, j’avais grandi à travers lui, prenant des habitudes de parigots qui aiment s’allonger sur un divan pour se nettoyer le nombril.
A 23 ans, j’avais enfin décidé d’aller plonger mes bras dans la terre et ressortir tous les rêves d’antan. J’avais passé ma vie à courir après la fierté de mes parents et ne l’ayant jamais entendu de leur bouche, j’avais finalement accepté de l’être moi-même à leur place, au vu de l’évolution de ces dernières années. J’allais partir à l’autre bout du monde en quête de cette vie caché sous mon lit, gribouillée sur des dizaines de journaux intimes regorgeant de désirs inassouvis. Je partais pour affronter la vie, loin de ceux que j’aime, des habitudes, de la sécurité du quotidien, du connu. J’avais besoin de surmonter ça pour vivre cette seconde naissance, opérée il y a quelques mois. La fuite s’était transformée en quête, celle d’un absolu, régenté par un perfectionnisme affable, enclin à dessiner ce qui se rapproche le plus d’une vie rêvée. J’y suis déjà. J’y serais encore à quelques bornes d’ici.



















31/07/2008 at 15:17 Permalink
Deliciana… tain tu me vieillis d un coup !
Et tu as une mémoire a faire faire grise mine a un éléphant XD
Tes parents ne te l ont jamais dis… mais ne le pensait pas moins. Tu as réussis avec peu d outils a ta disposition, alors que de jeune branleur comme moi partais avec de biens meilleurs cartes mais n en faisait pas état.
Bref, si même tes parents ne te le disent pas. J entends encore la mienne parler de toi. Dire comme tu es bien, gentille, et… toi. Tout simplement.
Je ne t ai pas “connu” dans ta relation amoureuse “fumeuse”… je t ai connu avec B…
Cette boite mériterait encore aujourd’hui d être sortis.
Simple a “nous” de faire le pas pour aller la chercher.
Comme tu dis… arrêtons de nous raconter des histoires… créons les.
Sushi… (Anonymat du blog oblige mais enlève toute intimité…) ne te demande pas qui est fier de toi ou pas… sache qu il y en a et ça c est déjà une victoire en sois.
31/07/2008 at 15:22 Permalink
oui, par contre j’ai oublié le nom de ses frères :p c’était bien ce temps là. Marjo, Bruno, Cindy, Jéjé et les autres…
01/08/2008 at 13:56 Permalink
Rémi & Meritt
01/08/2008 at 14:06 Permalink
Lire ça; ça fait plaisir. J’vais pas ressortir de vieilles boites parce que je n’ai pas à le faire, mais putain tu me boostes, t’as pas idée ! Vive Paris Plage !
01/08/2008 at 14:27 Permalink
merci C.
ça fait plaisir! Eh oui y en a qui ont vraiment une bonne mémoire!!
Bah j’espère bien So! Vive le ouikend !