Way of Life
Déprimer c’est être paresseux
22/10/09
Andres Sarda
Je suis tellement énervée que je me ré-écoute la disco de Britney. Je suis énervée que les semaines passent aussi vite, que les gens fassent la moue dès le petit jour sitôt levé que certains manquent de recul, que les romans de Katherine Pancol se lisent trop facilement, que l’on s’attache autant à Joséphine, Zoé, Hortense, Gary, Philippe, Marcel. Depuis Katherine, je me suis remis en tête d’écrire. Vraiment d’écrire. Pas des posts à la noix avec une vidéo et une phrase pour broder. Un vrai roman comme j’en rêvais lorsque j’avais 8 ans. Alors dans le train je griffonne, en buvant mon coca je pense à mon héroine, aux toilettes je dessine des lieux et des situations. Mais depuis quelques années, c’est comme si tout s’était envolé dans cette tempête de la vie. Vous vous réveillez un matin et vous êtes quelqu’un d’autre, avec d’autres désirs, d’autres rêves, un autre homme à vos côtés, d’autres sujets de préoccupations. Certains jours vous déprimez, sans savoir pourquoi, comme si un marabou avait transformé votre ciel bleu en orage menaçant. Mais voilà, en fait, la déprime, c’est fait pour les paresseux. La paresse n’aidant pas à trouver une porte de sortie assez stimulante pour avoir autre choses que des idées noires. Et certains jours je me laisse aller à être paresseuse. Cette langueur de vivre qui s’empare de votre tête, de votre corps et qui vous alourdit subrepticement un matin lorsque la sonnerie stridente du réveil retentit. Vous compensez avec la bouffe, la clope, les autres, puis vous comprenez que ça ne peut venir que de vous. J’avais ardemment envie d’écrire. Je procrastinais violemment. Je me détache de mon blog. Bien sûr, comme tous les vieux cons, je vais vous dire que c’était mieux avant. Mais ce n’est pas si simple. Le désir de partager ne peut être dissout du jour au lendemain. La vie, la vraie, se vit en dehors de ces lignes, de twitter, de facebook, la limite est bien visible. On ne mélange pas sinon on se brûle les doigts. Je ne veux pas tomber dans le travers de prendre le web pour un égophone. Ca supposerait que je suis faible. Je ne suis pas une machine sociale. Mes meilleurs amis sont ceux qui n’ont ni blog, ni visibilité, qui ne m’appellent pas mon pseudo ni ne font allusion à mon dernier tweet, parce qu’ils se fichent pas mal de ce que je raconte en ligne. L’important c’est ce que nous sommes en dehors de ce cirque dans lequel chacun un jour se lassera de porter ce masque qui tient trop chaud, comme celui de luchador que j’ai acheté l’autre jour dans ce bar mexicain que m’a conseillé un de mes lecteurs.
Josh’s Commute to Work: A Tribute to Michael Jackson from 3to1 Studios on Vimeo.
Des jours et des vies
13/10/09
Je cale en ce moment. Je ne saurais vous dire pourquoi. Mais la vérité c’est que je suis à sec. Sèche de conversations ou de trucs à vous livrer. J’ai davantage envie de prendre mon moleskine et de griffonner des choses au lieu de tapoter sur mon clavier comme je le fais à longueur de journée. Dans le métro je m’aigris. J’ai envie de hurler sur les gens qui me bousculent, mais au fond, j’aimerais bien que l’on vienne bousculer mon quotidien. Je suis à l’affut de la moindre excitation. J’attends que la fatalité me donne un coup de pouce. Pendant ce temps là, mon pouce se balade sur mon clavier à la conquête de futurs projets.
Dans le métro je lis : Les yeux jaunes des crocodiles – de Katherine Pancol
Ca fait des lustres que ce bouquin traine sur ma bibliothèque. Je l’avais commencé une fois, puis abandonné, comme beaucoup de bouquins qui se meurent d’ennui sur mes étagères. Finalement, ça se lit bien, et je comprends mieux pourquoi les gens se pâment devant ce roman. Ca ferait un joli film choral français. Y ont-ils déjà pensé? Sans doute. Le genre d’adaptation que tu verrais bien un Klapisch réaliser. J’aime bien ce style de livre qui fait se croiser des vies et met avant des personnages auxquels on s’identifie, malgré nos différences d’âge. Ce sont des chemins de haine ou d’amour que l’on emprunte au fil de ces 661 pages. Ceux qui faisaient pitié, deviennent touchant, ceux que l’on admirait finissent par faire pitié. Au final, tout le monde se vaut. Comme dans la vrai vie.
Mes vagabondages télévisuels. Rentrée oblige, j’ai testé pas mal de nouveaux pilotes et il faut avouer que j’ai rarement si peu accroché à tout ce que j’ai vu. Commençons ceux que j’ai zappé sans finir le premier épisode : Bored to death,Glee, Melrose Place (sans surprise). Ceux avec lesquels j’ai failli accrocher, mais qui s’avèrent tout de même décevants :Mercy, Eastwick, Cougar Town. Ceux que je continuerais de suivre en attendant d’être convaincue :FlashForward. Les classiques : Grey’s Anatomy, Gossip Girl, How I met your mother, Californication (bien moins fun que les deux premières à mon humble avis) .
Ma lubie du moment, le come-back de Beverly Hills depuis une saison et des broutilles : 90210. Bien qu’ado je suivais sporadiquement la série, j’ai davantage accroché sur cette nouvelle version. C’est totalement girly chicky assumé. Rien à ajouter.
La bonne affaire du moment. Avec la sortie de la nouvelles PS3 slim, les prix des autres consoles ont considérablement chuté. J’ai vu le pack Wii (avec pleins de trucs dedans) à 249 euros et la Xbox 360 à moins de 300 euros. On est parti ce week-end à la Fnac avec l’idée de s’offrir la Xbox 360. Coup de bol, vu qu’on voulait de changer de télé (la notre faisait grise mine au milieu de notre nouveau salon qui fait deux fois notre ancien studio), on a sauté sur une offre Fnac pas si mal, qui court jusqu’au 18 octobre. Si vous achetez une Full HD de plus de 81 cm, ils vous offrent pour 1 euro plus la console (xbox 360 arcade, c’est à dire sans disque dur). Du coup on a craqué sur la Samsung 94cm et on est reparti avec sous le bras la grosse téloche, la console et Halo 3 ODST dont on est complément fous. Marketing et esprit de conso quand tu nous tiens. Tout cela est bien bourgeois.
Le son du moment. Le dernier album de Nelly Furtado, Mi Plan, une petite perle torride au milieu d’un automne assez déprimant je dois l’avouer. Ca met la pêche dès le matin, jusqu’à la tombée du soir. La voix de la jolie canadienne vous emporte vers cet été indien qu’on n’aura probablement pas sur la capitale. De jolies mélodies, emportés par des duos qui fleurent bon les vacances.
Le dernier coup de coeur ciné. Thirst de Park Chan-wook. Un film de vampire réaliste, érotique, gore, humain. Notre réalisateur coréen chouchou s’est une fois de plus surpassé. Bien que l’on aurait pu craindre un film tombant dans la surenchère d’hémoglobine, tout cela est justifié tout le long par une mise en scène incroyable et des personnages tous plus hallucinants et hallucinés les uns que les autres. La photo est magnifique, tirant vers la poésie de Lady Vengeance. Pour ceux qui auraient été déçus par son avant dernier opus, à savoir I‘m a cyborg, qu’ils se rassurent, Thirst ne les épargnera pas de cette violence poétique et jouissive dont peuvent se vanter les films torturés de Park.
Le docu qu’il faut voir. En zappant ce week-end, je suis tombée sur un excellent documentaire de Olivier Delacroix intitulé « Changer de sexe pour un instant ou pour la vie« . J’ai tout de suite accroché sur son écriture, sa manière de voir les choses, son implication avec ses intervenants, le fait qu’il soit présent tout le long du film. J’ai aimé le ton juste, l’écueil évité de tomber dans la caricature, la pudeur préservée des témoins contrairement aux émissions de télé poubelle de type TF1. Olivier n’en est pas à son premier essai puisqu’il a déjà plusieurs docu à son actif, dont un que j’aimerais plus particulièrement voir Tatoué, Percé, ceci est mon corps…Pour ceux qui seraient intéressés de voir le docu que j’ai vu ce week-end, sachez qu’il est rediffusé ce soir sur France 4 à 00h25. Voir la bande annonce ici.
Slumdog Milliardaire. Je me suis toujours demandée à quoi pouvaient ressembler les clubs privés chics de la capitale. Ceux dans lesquels tu ne rentrent pas sans relation ou ta black card. Grâce à mon ami M. et ses quarante ans (il ne les fait vraiment pas ce petit jeunot – M. si tu me lis….), j’ai testé ce week-end le Milliardaire, endroit huppé où tu danses autour de ta table à grosses gorgées de vodka/wisky au choix pendant que de grandes blondes plantureuses font de l’oeil à des Russes blafards à la table d’à côté. La file d’attente des toilettes ressemblent à une entrée de podium pour fashionistas ou pire un casting pour 90210. Mais on s’amuse bien . Le son est bon, tu finis à oublier tes voisins et tes voisines grâce à l’alcool et tu danses, danses, danses jusqu’à n’en plus pouvoir avant de t’engouffrer au petit matin dans un taxi qui te ramènera à ta triste vie de non milliardaire (hey dude, elle est où ma Porsche ?)
Mon coup de bol de la semaine. Il était accoudé au bar. Je le regarde un long moment avant de demander à ma voisine si sa tête ne lui dit rien. Je le prends tout d’abord pour le mec de la pub H&M qui ressemble à Chabal (la barbe bien sûr fait tout), puis je bloque ma respiration et me rends compte qu’un an plus tôt, je l’avais vu sur la scène de l’Elysée Montmartre. Le chanteur de Mass Hystéria bien sûr. Je joue ma groupie, lui demande un autographe, à son bassiste aussi. Après quelques verres, je leur demande une interview. A suivre…
Les voyages sans terminus
2/10/09
Eva Longoria
Vendredi matin. Ca pourrait être pire. Ca pourrait être mieux aussi. L’automne s’immisce dans mes chaussettes et mes bottines rêvent de donner des coups de pieds aux feuilles mortes qui vacillent sur les branches. Sur le chemin, je me fais surprendre par une chanson de Grand Corps Malade que je n’avais jamais entendue auparavant – Les voyages en train – et reste suspendue à sa voix jusqu’à son dernier soupir. Ca commence comme ça :
J’crois que les histoires d’amour c’est comme les voyages en train,
Et quand je vois tous ces voyageurs, parfois j’aimerais en être un,
Pourquoi tu crois que, tant de gens attendent sur le quai de la gare,
Pourquoi tu crois qu’on flippe autant d’arriver en retard.
Les chansons d’amour finissent mal en général, mais la sienne a imprimé sur mes lèvres un sourire attendri :
Il parait que les voyages en train, finissent mal en général,
Si pour toi c’est le cas, accroche toi et garde le moral,
Car une chose est certaine, y’aura toujours un terminus,
Maintenant tu es prévenu, la prochaine fois tu prendras le bus.
C’est vendredi matin, j’ai pris le bon train, quand je vois les autres prendre le bus, j’ai envie de leur qu’il existe des destinations sans terminus. Que sans doute ils se tromperont parfois de wagons, mais qu’un jour ils monteront dans le bon.
doubtful comforts by blue roses
blue roses – « doubtful comforts » (3D camera shift musicvideo) from fabian röttger on Vimeo.
La rentrée
3/09/09
Et l’automne se faufile doucement dans les cartables fraîchement déballés, s’immisce sous les jupes des filles, fait frivolement voler en éclat les souvenirs des vagues, aux allures de danseuses qui sentent l’écume et le soleil du midi. Ici, puis là, disparu sous un nuage, réapparaissant au creux d’une ombre qui se fait bouffer par la course folle d’un soleil qui continue de nous jouer des tours, ce farceur pour qui la rentrée n’a pas de saison. Les premières faicheurs glissent sous le t-shirt un frisson, qui sur les accords d’une guitare se transforme en mélancolie. Le train déboule sur les rails. Comme les autres jours, mais la couleur des vitres a changé et le paysage de carte postale a laissé place à un quotidien à repeindre. Et tes premières rentrées tu t’en souviens? C’était les copains, le jean neuf et les talons compensées, les feuilles doubles et le bic quatre couleurs, la sonnerie stridente, mon grand-père à la sortie de l’école avec sa renault blanche, la vie d’adulte comme un tableau sous verre dont on ne comprendrait jamais les subtilités. Jusqu’au jour où la rentrée est devenue un jour comme les autres, à l’exception des réminiscences qui sans cesse reviendront hanter ceux qui n’ont que cinq semaines dans l’année, pesteront sur la brièveté des festivités, s’enivreront des photos de vacances et de choses à raconter autour de la machine à café. La rentrée, c’est le marronnier de septembre, la madeleine de Proust de ceux qui aiment se souvenir, la fin d’une époque et le recommencement d’un cycle, les premiers émois des parents qui verront leurs enfants grandir. A l’année prochaine.
PS. coup de gueule d’une journée en mode catastrophe : j’ai perdu un nombre inconsidérable de données importantes sur mon disque dur, l’accès à mon gmail a été bloqué, j’ai perdu ma lentille gauche, j’ai laissé tomber mon briquet dans les toilettes et j’ai réussi à brûler mon gâteau au chocolat. Mais bonne nuit quand même.
L’instant présent comme une goutte d’eau
18/08/09
Mila Kunis
Je lorgnais sur ce petit coin de ciel bleu qui dépassait par delà le quai. A La Chapelle , j’étais plantée sur les bandes blanches de sécurité, pétrie de fatigue et semblable à tous les autres usagers qui attendaient le prochain passage du métro. Les uns chargés de paquets, les autres, enfants sur les bras, les rêves endormis dans la chevelure hirsute de fin de journée, les yeux incrustés d’espoir, levés vers un ciel de fin d’été. Death Cab for Cutie vient fluidifier la tombée de la nuit qui coule doucement sur les rails et les vitres de l’aérien. Vous êtes vous déjà donné le défi de ne pas avoir de pensées négatives durant dix jours consécutifs? Enfin je veux dire, ni tristesse, ni colère, se relever même de la déception aussi vite que tombé. Essayez. J’ai réfléchi à la recette de mon fondant au chocolat et du poulet aux champignons de demain soir, du chat qui grandit trop vite, à l’homme de l’île et du mois de septembre qui s’annonce comme le début d’une ère nouvelle, comme chaque rentrée. Une de plus, sans cartable, sans portail, ni feuilles doubles à noircir. Le chat, lové sur mes genoux jette un oeil hagard sur les mouvement de mon poignet qui s’agite au dessus de mon clavier. L’appartement parait bien vide ces jours-ci. L’homme-vélo au cri de chèvre n’est point passé sous notre fenêtre ce soir. Paris, l’été, ressemble à une cour des miracles avec sa galerie de personnages farfelus. Et sans doute que moi aussi, j’en suis, de ces personnages burlesques, qui jongle avec ses rêves.
J’ai comme 15 ans
21/07/09

Comment parler des sentiments sans verser dans les poncifs du genre, tomber dans le mièvre, ou encore retrouver notre style adolescent qui transforme nos pensées en hyperboles et métaphores tel une juxtaposition de fables de La Fontaine au quotidien. Je cite le skyblog de ma cousine de 15 ans, qui dans un post évoque l’amour en ces termes un peu schizo, à la fois marins et terrestres: « Je ne suis pas un dauphin, toi non plus tu n’en es pas un. Si tu veux marcher, peu importe que tu marches lentement, je marcherai avec toi. »
Une décennie plus tôt, je ne faisais pas mieux. Voire pire. C’est compliqué de dire aux gens qu’on les aime sans en faire trop, ou pas assez. Une relecture de nos pensées adolescentes transpire une certaine obsolescence mais retranscrit fort bien l’innocence et la sincérité des propos tenus. Aujourd’hui le problème n’est pas d’être sincère, mais de trouver les personnes avec qui on pourrait l’être. Ici, le cliché de circonstance serait de poser la phrase suivante : les vrais amis se comptent sur les doigts d’une main. L’âge adulte amenant rapidement à une sélection non pas imposée par les autres, mais bien par soi-même, avec des critères hyper subjectifs ( c’est pour ça que des gens très intelligents s’entourent de gros cons). Avec le temps, j’ai tendance à inverser le problème. Je ne me demande plus qui m’appelle uniquement quand il a besoin de moi, ni qui m’invite à ses soirées, qui oublie mon anniv’. Le truc, c’est que ceux qui comptent, ce sont ceux à qui l’on pense à plus de 2000 km de distance et à qui on a envie d’écrire ou d’appeler pour partager un petit rien, un instant de bonheur juste pour le geste, ceux qu’on bigophone de temps à autre non pas sous la contrainte ou seulement lorsque trop bourré on a envie de gueuler dans le combiné comme tant d’autre, mais de bon coeur, ceux à qui on ne rechigne pas de parler même lorsqu’on veut rester seul, ceux que l’on invite à diner pour entendre leur rire et leur vie parce qu’ils nous rassurent sur la nature humaine qui n’est pas forcément toute pourrie, ceux également qu’on a envie de protéger même s’ils sont plus vieux que nous mais qu’on a envie de materner alors qu’ils ont tant de choses à nous apprendre, ceux aussi dont on ne compte pas les heures passées avec, ceux qu’on ne prend pas seulement pour des piliers de bar ou d’ersatz à une solitude latente le soir venu lorsque seul (ou à deux) dans le pieu il faut se remettre en cause. Ceux là, c’est sûr il en existe peu. Et puis on s’en fout bien qu’ils soient névrosés, borderlines, ouf malades, fouteur de chaos, tant qu’ils restent droit avec toi. Aujourd’hui la question cruciale n’est plus qui m’aime, mais qui j’aime. Je vous promets que c’est pas une question aussi simple. Le reste est dérisoire et s’équilibre par du donnant-donnant.
Ce post est inspiré par une soirée passée avec M. et J. à parler gros cons, politique et capotes, en fumant un fameux narguilé et en buvant du bon vin. J’ai encore toute ma tête pour leur dire que je les aime, et bien d’autres encore (qui se comptent effectivement sur les doigts de pieds). Thien, 15 ans (+10)
La mort, c’est comme ça chez nous
4/01/09
Un cortège funéraire au Vietnam
En Occident, on fête les anniversaires de mariage, les naissances, les victoires souvent, les défaites rarement, les morts seulement à la Toussaint où les cimetières se métamorphosent en immenses champs de chrysanthèmes.
Chez nous, les décès sont importants. Les enterrements sont aussi festifs que les mariages. On invite la famille, les voisins, les proches, les moins. La musique bat son plein (on notera parfois la présence d’orchestre), le cercueil est multicolore, on festoie beaucoup, on mange beaucoup, on boit également, non pas pour noyer la tristesse dans l’ivresse, mais en souvenir du défunt. Ce n’est pas de la joie que l’on exprime, mais du respect. Pendant ce temps-là, le disparu s’éloigne sereinement. Du côté bouddhiste de ma famille, on s’interdit de pleurer en présence du mort pour ne pas le retenir. Et dans la tradition, la veuve et parfois les enfants portent un voile sombre un certain temps.
Chez nous aussi, et ça vous choque parfois, on photographie les morts, on les fait revivre dans les albums photos, on les place sur des autels fleuris et enluminés, ornés de fruits et autres présents. J’ai connu quelques arrière-grand-parents et grandes tantes comme cela. Sur du papier mat, en noir et blanc, dans de grands albums écornés par le temps.
Au Vietnam, sur l’autel de mon grand-père, on a laissé un paquet de Craven-A pour qu’il revienne en griller une de temps à autre. Il ne fumait pas, mais je crois que ça lui ferait plaisir. A table, on l’appelle parfois à grailler avec nous, une assiette supplémentaire disponible, parfois même remplie de nourriture. Ca n’a rien de glauque, d’effrayant ou même de fou. C’est comme ça. La mort ne fait pas peur, fait partie de la vie, depuis toute petite, elle fait partie de nos histoires de famille frappée par des disparitions multiples et diverses, tragiques, prématurées, maladives, naturelles, sur lesquelles on verse parfois une larme, mais l’on transmet le plus souvent le souvenir des défunts avec beaucoup de ferveur et d’égards, comme un hommage permanent.
Aujourd’hui je suis rentrée à la maison. Hier, ça faisait un an, Un premier anniversaire. Un an déjà qu’il est parti. Et j’ai ce souvenir qui me hante, d’avoir raté son départ, lui en fin de vie, ma soeur et moi sur l’autoroute.
On a allumé quelques bougies sur son autel, lui avons laissé un bol de soupe et ma grand mère lui a demandé de venir partager le repas avec nous.
Ce n’était pas triste, je ne sais pas comment l’expliquer. De toutes façons, pour moi il est toujours là, où qu’il soit.
Pépé, on pense à toi.

























