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Une Education sentimentale
9/08/10
Prenez la fraicheur innocente de la jeune Carey Mulligan (25 ans en vrai, 16 dans le film, mais son visage poupon et ses jupes plissées nous feront oublier le subterfuge), ajoutez-y le charme marqué et marquant de Peter Saasgard, faites les se rencontrer dans les années 60 et l’on obtient Une éducation qui a été nominé cette année dans la catégorie Meilleur Film aux Oscars, avec en sus une nomination pour Carey, en tant que potentielle meilleure actrice.
Une Education c’est avant tout l’adaptation d’un récit autobiographique coulée de la plume de Lynn Barber, journaliste à The Observer. A l’écran, la réalisatrice Lone Scherfig nous livre un film qui se regarde comme on boirait un cosmopolitan à petite gorgée en regardant Sabrina (film de 1954 avec Audrey Hepburn).
Jenny rêve d’intégrer Oxford et tout en rêvant de découvrir les charmes de Paris, elle écoute Juliette Gréco le soir dans sa chambre et fume comme une mondaine, avec une moue pincée. Un jour de pluie, seule avec son violoncelle, elle se fait accoster par un homme David, qui se propose de la raccompagner. Cet homme beaucoup plus vieux qu’elle, fera valser son adolescence dans les clubs de jazz, les salles d’enchères et les bords de Seine.
L’âge adulte happe Jenny sans prévenir. Certains rêves (ceux de Paris, de littérature et de la vie, la vraie), en piétineront d’autres (Oxford). Carey Mulligan est lumineuse dans ce rôle où on la voit se métamorphoser au fur et à mesure que sa relation avec David la façonne en cette femme qu’elle rêvait de devenir.
Mais c’est sans compter le mystère qui entoure l’homme dont elle s’éprend, que Peter Saasgard arrive à merveille à nous faire et aimer et craindre à la fois. Une crainte qui s’empare du spectateur comme un instinct paternel naturel. Les parents de Jenny (excellent Alfred Molina dans le rôle du père) justement nous sont présentés de manière très lucide. Un soupçon d’hypocrisie et de désirs transférés sur leur fille. Dur de choisir encore la raison et les sentiments.
Si Jenny aime à parler français pour se sentir distinguée et cultivée, ce ne sont justement que quelques mots anglais qui me viennent pour décrire ce film : smart, clever & brilliant.
The Reader, à lire absolument, à voir certainement
22/07/09
Le danger d’aller voir l’adaptation cinématographique d’un livre que vous avez super bien aimé, voire adoré/trop kiffé/lu vingt fois en cinq ans avant d’aller vous coucher, c’est :
- de vous dire “c’est quoi ce film de merde”, parce que vous connaissez trop bien le bouquin pour qu’on vous arnaque comme un amateur
- de détester le scénariste ou le réal. pour massacre volontaire de l’oeuvre (et de le boycotter par la suite tellement vous lui en voulez)
- de relever durant tout le film toutes les erreurs, incohérences, omissions
- de trouver les acteurs fades/mauvais/mal choisis/ à mille lieux de ce que vous aviez imaginez mille fois dans votre tête
- d’attendre en vain tout le long LA scène (qui n’arrive pas)
- d’être soulagé parce que le film n’ est pas si mal (et une adaptation pas si mal, c’est RARE)
- d’être trop content de mater un film à la hauteur du chef d’oeuvre (attention ceci n’est que peu fréquent)
S’il faut catégoriser The Reader, adaptation du livre dont je vous parlais quelques posts plus loin (Le Liseur de Bernhard Schlink), je dirais qu’il se situe dans l’avant dernière catégorie. Un film pas trop mal pour une oeuvre qui cinématographiquement parlant aurait pu très rapidement devenir chiante et dégoulinante de pathos. Dans une certaine mesure, Stephen Daldry (qui a déjà commis Billy Elliot mais surtout le magnifique The Hours) reste fidèle au roman. J”avais moi-même beaucoup aimé ce livre, pleuré dessus, me suis émerveillée devant l’écriture de Schlink, m’étais attachée aux personnages. Le film bénéficie d’un casting de qualité : Kate Winslet a décroché l’Oscar de la meilleure actrice grâce à ce rôle (remarquable vers la fin), Ralph Fiennes a toujours cette classe indescriptible, et surtout David Kross que je regrette de ne pas voir mis plus en avant dans les affiches promo parce que le gamin porte l’intrigue sur ses épaules une bonne partie du film tout de même.
Même si ça dure deux heures, même si on en connait le dénouement, on se laisse prendre au jeu.
C’est un très beau film qui souffre uniquement de quelques défauts que ceux qui n’auront pas lu le livre ne relèveront même pas.
Toute la partie qui se déroule au tribunal est un peu trop légère à mon goût, il manque également une scène très importante qui se situe durant leur voyage à bicyclette et qui aide à la compréhension, le personnage de Michael adulte aurait du être davantage approfondi, on voit moins l’évolution d’Hannah (dans sa relation avec le kid) dans le film que dans le bouquin… mais tout cela c’est du détail et ne vous empêchera pas d’apprécier ce film.
C’est sûr certains sortiront les mouchoirs, d’autres resteront juste là à contempler ce drame amoureux qui ne laissera personne indifférent, ni indemne.


The Chaser : Le thriller qui tâche
21/03/09

J’en reviens tout juste et j’ai l’estomac un peu retourné. “C’est sympa quand on a faim. Au moins ça coupe toute envie de manger“. Entendu à la fin du film, dans les couloirs du ciné qui paraissaient trop étroits ce soir. C’est bête, mes voisins sont partis un quart d’heure avant le générique. La femme n’en pouvait plus, rouspéta une dernière fois : “ah non, ça ne va pas recommencer”, avant de se lever et d’entrainer son ami vers la sortie. Le pauvre, il ne connaitra pas la fin. Quoique la fin, on la connait dès le début ou presque. Enfin. The Chaser, c’est un thriller coréen, ficelé avec habileté, même si le début peu effrayer, dans le sens où l’intrigue parait trop simple. Je me suis demandée “mais ça sert a quoi de mater un truc de tueur en série, si dès l’ouverture on sait qui est le taré de service, et qui plus est, ne se gêne pas pour dire que oui c’est lui le psychopathe”. Le réalisateur joue avec nos nerfs, mais surtout avec ceux de son protagoniste principal, Joong-ho, ancien flic devenu proxénète, qui voit ses filles disparaitre une à une. Il soupçonne notre maniaque de revendre ses filles avant de découvrir que l’histoire est bien plus glauque, et bien plus sanglante que ses soupçons. Une intrigue relativement classique mais qui tire sa réussite dans la construction du récit, l’évolution psychologique des personnages et l’attente du verdict final. Le film est violent, il n’y a pas de doute, certaines scènes éclaboussent, sans verser dans le gore, mais vous fait vous crisper de tous vos membres, le tout fixé à une course-poursuite qui tient en haleine du milieu jusquà la fin. Une scène m’a fait penser que ça pouvait virer au Saw, mais ça reste d’une violence froide à la Park Chan-wook . On rit aussi, mais d’un rire sombre, je ne sais comment vous le décrire, pas comme à la Johnnie To par exemple où c’est bon esprit. Ici le rire est vite rattrapé par quelque chose de brusque qui nous rappelle à l’ordre et ne détourne pas l’attention du drame qui hante le récit. Pour un premier film, Hong-jin Na s’en tire bien. A tel point qu’on aimerait bien voir le prochain.
“Of the dead”. [Trailer] Romero is not dead.
8/01/09
Vous savez combien j’aime le cinéma de Romero, le cinéma avec des zombies tout court. Car au-delà du premier degré sanglant et horrifique, tous ces films d’un genre métaphorique en disent long sur l’être humain et sa société. D’ailleurs, dans son dernier Diary of the Dead, George ne soulevait-il pas le débat des médias, du traitement de l’information, des nouveaux moyens de diffusion, notamment sur Internet? Ne sous-estimons pas les films de zombies. Ils peuvent nous faire peur, mais également rire (Shawn of the dead, Fido), et réfléchir sur nous-même. Ainsi je découvre le dernier opus de la saga zombiesque de George Romero, sur un titre au goût d’inachevé “Of the Dead“. Oui c’est bien ça. Tout simplement Of the dead. Un film qui de nouveau se pose des questions à savoir cette fois-ci, si les vivants peuvent vivre en paix avec les morts. Amen.

Grotesque où l’art de faire un Hostel à la japonaise
7/01/09

Not work safe. On est averti. Avant de cliquer sur play, il faut s’assurer qu’il n’y ait personne dans son dos, ni boss, ni collègue au coeur sensible. Doublement averti, j’ai pu également lire: Billed as the film that could make even the most extreme splatter horror fan vomit. C’est dire. Quel péril encourt-on à regarder la bande-annonce de Grotesque? Une crise cardiaque déclanchée par un fou rire incontrôlé? Un choc hypothermique? Une électrocution? Car Grotesque n’est pas si grotesque que cela. Quoique quelque part, certains y verront là un grossier pastiche du grotesque, grimée sous les traits d’une fiction boostée à l’hémoglobine. Ah ça y est. Vous y voyez plus clair? C’est un certain Koji Shirashi, qui s’est pris pour Eli Roth, croisé d’un Takashi Miike, exploitant le gore de l’un et le hardcore de l’autre, donnant naissance à un film hybride, pompant du côté de Hostel et d’ Audition. Partant de ce principe, on obtient un trailer qui revendique un torture porn film. Je ne connaissais pas le terme. Je viens de découvrir. J’ai beaucoup ri en regardant ces images. Mais c’était bien plus un rictus grimaçant plutôt qu’un sourire franc et enthousiaste.

Entre les murs. Ne restez pas cloisonnés dans vos préjugés, allez voir le film.
29/09/08

Lorsque les lumières se sont rallumées, je me suis dit “tiens, un film de bobos qui plaira aux bobos, un truc que Télérama aura aimé, pas étonnant” (ça aussi c’est cliché comme jugement). Mais pas que. Si Entre les murs a bénéficié d’une importante couverture médiatique grâce à sa Palme d’Or raflée à Cannes en mai dernier, il mérite que l’on aille y jeter un oeil en même temps qu’on aura laissé sur le palier tout préjugé hâtif (la bande-annonce peut présenter un film caricatural sur un sujet que certains trouveront rebutant : oh un docu-fiction sur l’Education National eurk, en plus avec des jeunes qui se permettent des joutes verbales musclées avec leur professeur).
On est prévenu. Le film de Laurent Cantet relate l’expérience d’un prof de français dans un collège difficile du 19ème arrondissement de Paris. En aucun cas, on ne nous aura présenté ce film comme représentatif des collèges difficiles actuels, encore moins des collèges en général. Il faut remettre le film dans son contexte. Le film est tiré du livre éponyme de François Bégaudeau qui nous fait partager son expérience.
Le personnage est par ailleurs tout à fait attachant. On se souviendra en regardant le film qu’un jour on a peut-être eu un prof qui ressemblait à ça.
Si Etre et Avoir avait quelque chose de touchant, Entre les murs percute par sa justesse.
Si beaucoup crieront à la caricature (oh un prof qui se permet de dire à ses élèves qu’elles ont une attitude de pétasse, et un élève qui tutoie son professeur…), il suffira de leur rappeler une nouvelle fois que d’un, c’est un collège difficile et de deux qu’on est en 2008. Ca choque encore les gens? Comment ça l’Education Nationale n’est plus ce qu’elle était?
Ce n’est pas un épisode de L’Instit version hardcore, c’est juste un film qui s’inscrit dans son temps et qui donne la température d’une salle de classe où se confrontent un échantillon de jeunes d’aujourd’hui et un jeune prof qui suscite toute notre empathie.
Je ne sais pas pourquoi autant de gens ne souhaitent pas voir le film. Ils me listent toutes sortes de jugements sans l’avoir vu. Ceci-dit j’ai beaucoup ri durant la projection. C’est toujours ça de pris.
























